Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle série d’interviews. Nous souhaitons vous faire découvrir les projets que nous supportons sur notre plateforme via des entretiens avec des personnalités influentes de l’écosystème.


Pour ce 1er épisode, nous avons l’honneur de vous présenter le projet crypto Avalanche via Nicolas Lemaitre, directeur général d’Ava Labs, la société chargée du développement du projet.

  • Bonjour Nicolas, pouvez-vous vous présenter pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas ?

Je suis Nicolas Lemaitre, General Manager d’Ava Labs depuis près de deux ans maintenant.

Avant de rejoindre les rangs d’Ava Labs, j’étais banquier spécialisé dans les investissements pour de gros portefeuilles. J’ai ensuite créé ma propre entreprise dans le domaine de l’e-sport pendant environ 5 ans (boosting sur League of Legends), où j’ai géré plus de 300 personnes travaillant pour moi.

On m’a parlé de Bitcoin en 2012, mais le porteur du message n’était pas vraiment une personne convaincante. Je n’ai même pas vérifié de quoi il s’agissait. Quelques années plus tard (en 2016), j’ai commencé à m’intéresser aux cryptomonnaies

Comme la plupart d’entre nous, je me suis d’abord intéressé à la partie trading. Mais ensuite, j’ai découvert la technologie sous-jacente qu’on appelle blockchain.

C’est alors que commence le terrier du lapin… J’ai passé des années à lire des livres blancs, faisant que mes compétences en matière de due diligence atteignent un autre niveau. J’ai reçu des offres de travail pour de nombreux projets, mais j’attendais désespérément le bon projet : vraiment innovant, aligné sur mes valeurs personnelles, et n’ayant pas peur de prendre des risques ! Et voilà, Avalanche (Ava Labs) me convenait parfaitement !

Petite anecdote, la date de publication du premier papier traitant d’Avalanche correspond à ma date d’anniversaire (16 mai 2018). 

  • Qu’est-ce qu’Avalanche ? En quoi cela consiste brièvement ?

Avalanche n’est pas une blockchain unique, mais plutôt un réseau hétérogène de blockchains indépendantes et interopérables. Avalanche est constitué d’un réseau primaire qui contient deux blockchains (P-Chain et C-Chain) et un DAG (X-Chain).  La C-Chain est compatible avec la machine virtuelle Ethereum (EVM) et a une fonctionnalité de contrats intelligents.

En plus de ça, il est possible de créer un nombre illimité de sous-réseaux ou subnets qui peuvent être publics ou privés et sont hautement personnalisables (propres règles, VMs, Tokens, système de rewards, etc…).

  • Avalanche est souvent comparée à Ethereum, Polkadot ou encore même Solana. En quoi diffère-t-elle de ces autres blockchains ?

Comme je l’ai mentionné plus tôt, Avalanche n’est pas une blockchain unique, mais un réseau hétérogène de blockchains, ce qui est déjà une différence majeure par rapport à Ethereum ou Solana. Cela permet au réseau d’être bien plus flexible et de s’adapter aux besoins d’entreprises, d’institutions ou de projets spécifiques en ce qui concerne les machines virtuelles utilisées ou des règles spécifiques pour la régulation en vigueur dans leur domaine de compétence. 

L’architecture d’Avalanche est aussi différente de celle de Polkadot. Sur Avalanche il est possible de créer un nombre illimité de sous-réseaux sur Avalanche (comparé à une limite de 100 parachains sur Polkadot). Ces mêmes parachains sont extrêmement coûteuses pour un projet qui doit entrer en compétition contre d’autres projets lors d’une mise aux enchères d’une place pour une parachain.

Les parachains offrent aussi une moindre performance comparé aux subnets d’Avalanche (1,500 tps / parachain vs 4,500 tps / subnet). Enfin Polkadot est limité par le nombre de validateurs pouvant être dispatchés sur les parachains et sur la relay chain qui est une conséquence directe de l’utilisation d’un consensus protocol dit “classique” qui force chaque validateur à communiquer les uns avec les autres, résultant d’une baisse des performances en fonction du nombre de validateurs participants au consensus.

Grâce aux avancées de son protocole de consensus, Avalanche fait déjà partie des réseaux de blockchains les plus décentralisés (950+ validateurs moins d’un an après le lancement du mainnet) et a le potentiel de s’étendre à un nombre illimité de nœuds sans aucun sacrifice de performance.

Attention ici on parle de décentralisation “réelle”, à savoir qu’il n’y a pas de leader ou de pré-sélection des validateurs participant au consensus pendant une période donnée (epoch). Pour reprendre le même système qu’Ethereum 2.0, c’est-à-dire 32 ETH par validateur ni plus ni moins, Avalanche compterait plus de 40,000 validateurs (Total staked sur Avalanche (~213M AVAX) x le prix en USD / 32 eth x le prix en USD). C’est un autre paramètre à prendre en compte lorsque l’on essaie de juger de la décentralisation d’un réseau.

Le nombre de validateurs devrait considérablement augmenter une fois que la gouvernance sera en place sur Avalanche ce qui permettra de baisser le coût d’entrée pour une personne voulant participer à la décentralisation du réseau en tant que validateur.

Avalanche est aussi capable d’atteindre plus de 4 500 transactions par seconde et par subnet avec une finalité quasi-instantanée de souvent moins d’une seconde, tout en conservant des exigences de hardware modestes et accessibles pour exécuter un nœud. Actuellement la configuration demandée est la suivante :

  • CPU > 2 GHz
  • RAM > 4 Go
  • Stockage > 200 Go d’espace libre

J’aimerai aussi ajouter une parenthèse sur les revendications des projets concernant leur débit maximum en termes de transactions. Certains projets utilisent une toute autre définition de leur transaction par seconde en incluant le nombre de messages requis pour atteindre un consensus. Vous l’aurez deviné : dans la majorité des cas, plus un système est inefficace et plus il y aura de messages nécessaires pour valider une transaction et plus ce système semblera rapide sur le papier. 

La notion du nombre de messages nécessaires pour atteindre un consensus varie en fonction du nombre de validateurs participants à celui-ci et le nombre de messages requis par validateur, ainsi que le système de communication dans le réseau. 

Pour Avalanche, les validateurs font un échantillonnage de taille constante d’une partie du réseau, limitant ainsi le nombre de messages nécessaires pour arriver à un consensus indépendamment du nombre de validateurs. 

Le TPS maximum ne serait plus de 4,500 tps par subnet mais de 1.3 million de tps par subnet si Avalanche comptait les transactions de la même manière qu’un autre projet. Les TPS varient bien sûr également en fonction du matériel utilisé.

Concernant la finalité Avalanche l’atteint généralement en une seconde ce qui signifie qu’il ne faut pas attendre de nombreuses confirmations pour garantir qu’une transaction soit valide. Le temps par bloc est bien égal au temps de finalité. Ici encore une fois, un petit tour de passe-passe consiste à montrer le temps par bloc sur l’explorer qui peut-être très rapide dans certains cas (> 500 ms / bloc), mais qui en réalité n’a rien à voir avec la finalisation de votre transaction.

Une transaction demandera toujours une majorité pour être validée et cette majorité doit bien souvent prendre plusieurs blocs de plus. La très grande majorité des projets se retrouvent avec une finalité entre 6 sec et 2 mins ce qui inclut Ethereum, Polkadot et Solana.

Avalanche se distingue également en offrant des tokenomics attrayantes. Le nombre maximum d’AVAX pouvant exister est fixé à 720 millions similaire au hardcap de 21 millions de Bitcoin. Les frais de transactions sont brûlés ce qui bénéficie à chaque personne qui détient des AVAX. À ce jour, plus de 125 000 AVAX ont été brûlés au total, ce qui correspond à plus d’1.5 M de dollars, et ce nombre ne fera qu’augmenter exponentiellement avec l’utilisation croissante du réseau, sans compter l’introduction des subnets.

Vous pouvez voir le montant d’AVAX brûlé en direct sur https://burnedavax.com.  

  • Sécurité, décentralisation et scalabilité sont des composantes déterminantes au sein d’un réseau blockchain. Comment Avalanche fait face à ces problèmes ?

Vitalik avait mentionné qu’il serait difficile de répondre au trilemme de la blockchain à savoir un compromis entre sécurité, décentralisation et scalabilité, mais que ça n’était pas impossible. 

Dans le sillage des travaux de Nakamoto, le monde voulait toujours d’un protocole avec tous les avantages du consensus de Nakamoto (robustesse, décentralisation) et tous les avantages du consensus classique (vitesse, échelle, finalité rapide et efficacité énergétique). La version Crypto du proverbe, “avoir le beurre et l’argent du beurre”.

Sécurité

Les protocoles de consensus classiques peuvent supporter jusqu’à 1/3 +1 des validateurs étant malveillants et les protocoles de consensus nakamoto peuvent supporter jusqu’à 50% du réseau étant malveillant, Avalanche reste sécurisé jusqu’à 60% du réseau étant malveillant cela peut être paramétré jusqu’à 80%

Cela est possible, car contrairement à certaines blockchains qui privilégient la disponibilité sur la sécurité, Avalanche privilégie à juste titre la sécurité sur la disponibilité.

Décentralisation 

La propriété la plus importante du consensus Avalanche, qui le distingue vraiment des protocoles classiques existants, est que, comme le consensus de Nakamoto, il peut fonctionner sans limite supérieure connue de participants dans le réseau. 

Les décisions dans Avalanche peuvent être prises en O(1) (nombre constant) de messages par nœud. Comparez cela aux protocoles classiques qui nécessitent O(n²) (n représentant le nombre de participants) messages pour atteindre le consensus et les problèmes d’échelle du réseau auxquels étaient confrontés les protocoles classiques disparaissent dans Avalanche.

Scalabilité 

La performance supérieure d’Avalanche est déjà un avantage majeur comparé à d’autres blockchains. Il suffit de comparer la finalité de moins de 2 secondes et les 4 500 TPS avec Bitcoin (finalité : 60 min, TPS : 7), Ethereum (finalité : 6min, TPS: 14) ou Polkadot (finalité : 12-60s, TPS : 1 500).

Étant donné que chaque subnet sur Avalanche est capable de 4 500 transactions par seconde (avec un matériel rudimentaire), et qu’il n’y a pas de limite théorique sur le nombre de subnets qui peuvent être créés, le nombre maximum de TPS à l’échelle du réseau est quasi-illimité en théorie. 

Certains projets misent sur du matériel très performant pour atteindre un haut niveau de débit et de scalabilité, mais ils resteront limités par la disponibilité et l’avancé de celui-ci, tandis qu’un projet comme Avalanche à une scalabilité algorithmique, c’est-à-dire une optimisation de la structure de la communication entre les validateurs permettant ainsi que des milliers voir millions de validateurs puissent participer au réseau et aider à la décentralisation sans avoir de dégradation des performances.

Avalanche pourrait aussi profiter d’un matériel plus puissant pour améliorer les statistiques du débit.

  • Comment comptez-vous démocratiser l’écosystème Avalanche auprès du grand public ?

L’écosystème Avalanche est déjà très accessible à de nouveaux entrants, et la majorité des projets et applications qui en font partie ont des communautés hautement accueillantes qui n’hésitent pas à guider et aider de nouveaux utilisateurs. Il existe cependant encore certaines difficultés et barrières qui peuvent ralentir l’adoption par le grand public. Une de ces barrières est le portefeuille Avalanche qui est encore relativement difficile à utiliser pour des novices, car il expose tous les transferts entre les chaînes.

Nous travaillons à rendre ces transferts automatiques ce qui permettra de drastiquement améliorer l’expérience utilisateur du portefeuille et facilitera l’accès au grand public. L’intégration de rampes d’accès de monnaies fiat directement dans le portefeuille pourra aussi faciliter l’achat du jeton AVAX et réduire la friction qui existe lorsqu’il faut passer par des échanges centralisés.

L’accès à travers les échanges sera aussi étendu avec le listing d’AVAX sur de nouveaux échanges internationaux et l’intégration de la C-Chain sur les échanges existants qui permettra de transférer des fonds directement vers la C-Chain sans passer par la X-Chain et facilitera l’accès aux actifs présents sur celle-ci. 

Nous sommes également en train de développer un nouveau bridge qui sera beaucoup plus performant que l’AEB (Avalanche-Ethereum Bridge) pour une fraction des frais (la première version du bridge sera 5x moins chère à utiliser).

Avec la réduction imminente des frais de transaction qui accompagnera l’introduction des frais dynamiques, il est clair que les coûts de transfert d’actifs vers Avalanche et de l’utilisation de la plateforme seront énormément réduits ce qui contribuera certainement à la démocratisation de l’écosystème. 

Le lancement de launchpads comme ceux d’Avalaunch ou Penguin pourra aussi rendre les levées de fonds de nouveaux projets plus équitables et démocratiques et offrira de nouvelles opportunités qui seront potentiellement très attractives pour le grand public.

Ecosystème Avalanche
  • Si vous le souhaitez, pourriez-vous nous faire partager votre ressenti du marché actuel ? De quoi sera construit le futur d’Avalanche ? 

Je pense que le marché était en surchauffe lors des derniers mois, mais je ne vais pas m’aventurer dans des prédictions. Je peux toutefois vous donner mon avis sur ce qu’il se passe dans l’industrie. 

Un développement important est le niveau d’activité et d’intérêt des banques centrales à travers le monde qui détiennent énormément de brevets de blockchain dans de nombreux pays.

Celles-ci multiplient aussi le nombre de tests fait sur la blockchain et les banques privées ne sont pas en reste. La reconnaissance du bitcoin en tant que monnaie légale au Salvador est aussi un événement considérable qui ouvrira potentiellement la voie à d’autres états en ce qui concerne l’adoption des crypto-monnaies.

Le flux de capital institutionnel s’est aussi largement accru cette année et est accompagné par un intérêt grandissant de sociétés majeures incluant les GAFA qui détiennent également de nombreux brevets, ainsi que l’émergence d’une flopée de produits dédiés à la gestion des actifs pour le compte des institutionnels.

Ce niveau d’adoption et cette normalisation de la crypto dans notre société seront certainement accompagnés par un durcissement de la régulation qui se fait déjà sentir. 

En ce qui concerne le futur d’Avalanche. Les frais de transaction seront bientôt dynamiques et significativement plus bas. Chainlink sera prochainement en ligne sur le mainnet ce qui permettra au secteur DeFi d’Avalanche des fonctionnalités plus avancées tel que les flux de prix et les sources vérifiables d’aléatoire (VRF). 

La gouvernance sera implémentée ce qui permettra aux utilisateurs de voter sur des paramètres tels que le nombre d’AVAX requis pour faire tourner un validateur, l’augmentation ou la réduction des récompenses de staking et délégation, etc.

Nous travaillons également sur l’expérience utilisateur avec de nouveaux wallets, la création d’un SDK pour que des développeurs créer facilement d’autres wallets pour Avalanche et de nouveaux supports pour le wallet officiel d’Avalanche (mobile, extension de navigateur) et une refonte de celui-ci pour augmenter la sécurité et facilité son utilisation.

Une structure de bridge inédite dans l’industrie de la crypto : plus sécurisée, plus rapide et moins onéreux que le précédent pont d’Avalanche (AEB). Il est prévu d’étendre cette passerelle pour en charge de multiples chaînes qu’elles soient EVM compatibles ou non (Bitcoin). 

Les subnets sont une des particularités les plus importantes d’Avalanche. Bien qu’il soit déjà possible d’en créer, de nombreuses fonctionnalités sont encore en cours de développement et seront introduites dans le futur pour débloquer leur plein potentiel.

Les subnets permettent essentiellement à n’importe qui d’employer la technologie supérieure d’Avalanche pour lancer leurs propres blockchains adaptées à leurs cas d’utilisation. Par exemple, il sera possible de créer des subnets qui utilisent différentes machines virtuelles.

Les subnets permettront également de faciliter la conformité réglementaire étant donné que les validateurs pourront être choisis selon des critères spécifiques : il est facile d’imaginer pourquoi des institutions voudraient contrôler les nœuds qui valident leur subnet en vérifiant par exemple leurs identités ou nationalités, ou en créant des conditions spécifiques liées à des contrats légaux.

La possibilité de créer des subnets privés, performants et interopérables permettra aux entreprises, institutions et gouvernements de maintenir la confidentialité de leurs données, ce qui adresse un vide dans l’écosystème actuel de blockchains publiques et étend grandement le potentiel d’adoption d’Avalanche. Les subnets permettront notamment la création de nouveaux primitifs financiers qui apparaîtront pour la première fois sur un réseau de blockchains. 

Les jetons non-transférables (NTT ou Non-Transferable Tokens) feront aussi leur arrivée sur Avalanche. Comme leur nom l’indique, ils permettront de créer des assets digitaux qui ne peuvent pas être transférés après avoir été attribués et auront des utilisations variées. Ils peuvent prendre différentes formes telles que : des badges, des certificats, des points d’expérience ou autres cas d’utilisation.

Les identifiants décentralisés (DID) sont un nouveau type d’identifiant qui permet une identité numérique vérifiable et décentralisée. Un DID fait référence à tout sujet (par exemple, une personne, une organisation, une chose, un modèle de données, une entité abstraite, etc.) tel que déterminé par le contrôleur du DID.

Les ILOs ou Initial Litigation Offering en français “offre initial de litiges”. Le financement de litiges permet aux personnes qui ne disposent pas des moyens d’intenter une action civile de lever les fonds nécessaires. Les ILOs facilitent le financement de ces litiges en vendant des jetons qui donnent droit à une part des réclamations économiques. 

Notre intégration avec Securitize permettra d’apporter une nouvelle classe d’actifs à Avalanche. En effet, il sera possible de numériser des titres privés à travers des jetons à valeur mobilière (ou “security tokens”) et de les émettre et gérer sur Avalanche en toute conformité réglementaire.

La tokenisation de ces titres privés est une opportunité importante étant donné la taille des marchés de capitaux privés et Avalanche est une plateforme idéale pour ce cas d’utilisation. Il y a bien sûr plein de choses dont je ne peux pas parler, mais je vous invite à consulter la roadmap si vous voulez en apprendre plus. https://www.avax.network/roadmap

Cette interview était très instructive, merci pour vos réponses !

Vous pouvez suivre Nicolas Lemaitre sur son compte Twitter.

L’écosystème Avalanche dispose également d’une communauté française très active. N’hésitez pas à suivre le compte Twitter du projet ainsi qu’à rejoindre son channel Telegram.

Thomas
Thomas

Community Manager chez Feel Mining