Le marché des stablecoins a progressivement changé de taille sur ces dernières années. Longtemps utilisés comme une réserve de liquidité entre deux positions crypto, ces actifs développement et intègrent progressivement des infrastructures de paiements et de règlement. 

Cette évolution, mise en œuvre sur de nombreuses années, s’accentue au moment où les régulateurs donnent le ton à ce sujet. Rien que le 12 octobre, le Financial Stability Board a consacré une nouvelle note aux risques transfrontaliers de certains stable coins, au motif que cela peut peser un risque en matière de stabilité financière à l’échelle mondiale

Un marché de 305 milliards de dollars, toujours dominé par deux acteurs

D’après les données de DeFiLlama, la capitalisation totale des stablecoins atteint environ 305,9 milliards de dollars.

En recul de 0,5 % sur sept jours, la progression est de 0,7 % sur trente jours. Cette stabilité masque une concentration spectaculaire des capitaux sur deux actifs : 

  • Tether conserve une position dominante avec environ 184 milliards de dollars d’USDT en circulation, soit un peu plus de 60 % du marché. 
  • Circle suit avec près de 72,9 milliards de dollars d’USDC. 

À eux deux, ils représentent près de 84 % du marché. Derrière ce duopole, le secteur se diversifie. USDS de Sky pèse près de 7 milliards de dollars, devant USDe d’Ethena et DAI, proches de 4,8 milliards. USD1 dépasse 4,2 milliards, tandis que PYUSD de PayPal approche 2,9 milliards et RLUSD de Ripple 2,4 milliards. 

La bataille ne porte donc plus vraiment sur l’émission d’un actif, mais surtout sa distribution chez les particuliers et institutionnels, son degré de conformité et les usages possibles.

La réglementation devient un avantage concurrentiel pour les acteurs les plus avancés

Les derniers jours illustrent ce basculement. Le 8 octobre, l’ESMA a précisé que les prestataires crypto autorisés sous MiCA devraient cesser de fournir aux clients européens des services liés aux stablecoins non conformes.

L’avis couvre notamment le trading, l’échange, la conservation et les transferts. Fin septembre, l’EBA avait déjà demandé que la révision de MiCA traite plus strictement les structures reposant sur plusieurs émetteurs. 

Aux États-Unis, l’application du GENIUS Act entre aussi dans une phase concrète, tout en sachant que les débats continuent de se multiplier entre les différents cas politiques. Le 24 septembre, la Réserve fédérale a proposé un cadre imposant notamment une couverture intégrale par des actifs liquides autorisés, des exigences de capital, des règles de gestion des risques et des standards pour la conservation des réserves.

Le Financial Stability Board a parallèlement souligné une difficulté structurelle : les stablecoins internationaux circulent entre juridictions, alors que les réserves, les droits de remboursement et les superviseurs restent soumis à des obligations nationales.

Face à cette asymétrie qui pose problème sur certains actifs, il n’est pas impossible qu’une coordination internationale couplée à de nouvelles règles locales puisse prendre place dans un avenir proche.

Singapour, Hong Kong et les Émirats construisent leurs propres modèles

On le voit depuis plusieurs mois, certains pays cherchent déjà à transformer ce cadre en avantage financier. Singapour mène l’une des initiatives les plus intéressantes en la matière.

La consultation de la Monetary Authority of Singapore, qui se termine le 16 octobre, envisage l’émission conjointe d’un même stablecoin depuis plusieurs juridictions et la reconnaissance de certains stablecoins étrangers soumis à un cadre comparable. La MAS veut aussi rapprocher les actifs privés et la monnaie de banque centrale. Après des règlements interbancaires en CBDC de gros, Singapour prépare le règlement de titres monétaires tokenisés de la MAS avec cette infrastructure.

Hong Kong, de son côté, a déjà accordé ses premières licences d’émetteur à HSBC et Anchorpoint en avril dernier. Aux Émirats arabes unis, la banque centrale recense désormais trois entités autorisées à émettre des « Dirham Paiement Tokens ». 

En ce sens, des modèles différents se dessinent donc entre les États-Unis, l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient en matière de régulation et d’autorisation. Malgré un marché qui se développait rapidement, l’Europe a fait le choix de fortement restreindre ces innovations pour préparer le terrain de son euro numérique.

La prochaine bataille sera celle de la distribution des stablecoins

Deux annonces récentes montrent peut-être le véritable changement de paradigme. 

Samsung a annoncé le 7 octobre l’intégration prochaine de l’USDC dans Samsung Wallet aux États-Unis. La fonctionnalité doit concerner jusqu’à 82 millions d’appareils Galaxy éligibles et permettre des transferts vers plus de 60 pays, avec conversion possible en monnaie locale.

Dans le même temps, en matière d’actualité, l’entreprise Tereina, soutenue par SAP, a lancé une couche de paiement intégrée à ses logiciels et s’est associée à Circle pour intégrer l’USDC et l’EURC aux flux des entreprises. 

Le stablecoin sort progressivement du wallet crypto pour devenir un outil financier utilisé au quotidien, notamment dans le secteur privé pour accélérer les paiements et façonner de nouveaux usages économiques.

Restant majoritairement dominé par l’USDT et l’USDC, le marché reste sur ses acquis, mais les secteurs sur lesquels la concurrence fait rage change de dimension. Les prochains gagnants ne seront probablement pas seulement ceux qui offrent le meilleur rendement ou la plus grande liquidité. Réglementation, accès bancaire, distribution et capacité à circuler entre plusieurs juridictions deviennent désormais déterminants pour la croissance d’un actif adossé à une monnaie fiat.

Jurgen

Jeune passionné des marchés financiers et particulièrement du monde de la cryptomonnaie, l'analyse technique et l'apprentissage font partie de ma routine pour créer du contenu abordable à tous.